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       Dans les annĂ©es 1980, arrivĂ© Ă  l’âge adulte, Paul, natif du Bassin d’Arcachon dĂ©cida de « monter Ă  Paris » pour rejoindre l’élue de son cĹ“ur Alice. Il l’avait rencontrĂ©e pendant l’étĂ© dans la station balnĂ©aire d’Andernos-les-Bains oĂą elle passait ses vacances. ArrivĂ©e dans la capitale, il n’eut pas longtemps Ă  chercher du travail car Alice, infirmière Ă  l'hĂ´pital de la SalpĂŞtrière, rĂ©ussit Ă  lui obtenir un poste d'agent hospitalier. Après de nombreuses recherches, ils trouvèrent, Porte de Choisy, au cĹ“ur du quartier chinois proche de l'hĂ´pital, un studio perchĂ© au 23ème Ă©tage depuis lequel ils avaient une vue magnifique sur Paris. De lĂ , Paul avait l’impression de dominer la situation, et se sentait prĂŞt Ă  croquer sa nouvelle vie parisienne auprès de sa compagne ! Il Ă©tait vraiment heureux du poste qu'il occupait dans ce lieu historique oĂą il accĂ©dait fièrement en traversant la loge d'entrĂ©e. C'est lĂ  que se croisaient, pour pointer, tous les travailleurs qui entraient et sortaient. Face Ă  cet endroit, s'Ă©levait un grand corps de bâtiments en pierre de taille avec en son centre, la chapelle au dĂ´me imposant qui en rompait l’austĂ©ritĂ©. Il passait Ă  travers cet espace pour se rendre dans le service de mĂ©decine gĂ©nĂ©rale oĂą il avait finalement Ă©tĂ© affectĂ©. Il ne fallait pas laisser s'emballer son imagination, il Ă©tait lĂ  pour travailler, s'adapter Ă  un labeur assez physique : apporter les prises de sang au laboratoire, rĂ©cupĂ©rer les rĂ©sultats, aller chercher des mĂ©dicaments Ă  la pharmacie centrale, ramener de la banque du sang des culots, laver des gamelles en acier et aider le personnel soignant Ă  coucher les malades. Il savait qu’il devait attendre sa titularisation pour faire Ă©voluer sa carrière. Mais dans le service de mĂ©decine gĂ©nĂ©rale oĂą il avait Ă©tĂ© nommĂ©, dès qu’il le pouvait, il s’initiait aux soins qu’il aurait Ă  faire plus tard s’il devenait infirmier. Un jour, peu de temps après avoir commencĂ© Ă  travailler dans ce service, il lui arriva une drĂ´le d’aventure. Revenant des courses qu’il avait Ă  accomplir dans ce vaste hĂ´pital, il retourna Ă  la salle commune pour apprendre quelques soins faciles mais l’équipe mĂ©dicale Ă©tait en pause. A peine Ă©tait-il entrĂ© dans la salle, que les patientes presque toutes âgĂ©es, commencèrent Ă  hurler : « Le bassin, le bassin ». La tĂŞte un peu tournĂ©e par un tel enthousiasme, il avait du mal Ă  comprendre cette agitation. Mais oui, il avait presque oubliĂ© qu'il Ă©tait natif du Bassin d’Arcachon ! Il n'avait jamais pensĂ© qu'il avait habitĂ© un coin aussi cĂ©lèbre et dans une bouffĂ©e de fiertĂ© redressa son bassin, oh... je veux dire son corps. « Le bassin, le bassin » continuaient Ă  crier les grands-mères. Il Ă©tendit la main pensant les calmer « Le bassin, le bassin... » mais devant l’inefficacitĂ© de son geste, il prit conscience qu'il devait s'Ă©garer. Il passa en revue tous les bassins qu'il connaissait mais un cri impĂ©ratif le fit sortir de ses mĂ©ditations : « Mais qu'est ce que vous attendez, je vais me faire pipi dessus ! » Il dĂ©couvrit alors ce fameux bassin, objet incontournable de la vie hospitalière. Il fit ainsi son premier apprentissage. Plus tard, il apprit Ă  distribuer les thermomètres et Ă  noter la tempĂ©rature des patients sur une petite pancarte qui Ă©tait accrochĂ©e au pied du lit. De mĂŞme, il apprit aussi Ă  prendre la tension et le pouls et Ă  les noter. Aujourd'hui, c'Ă©tait jeudi et il semblait Ă  Paul que cette semaine de travail Ă©tait interminable. Dimanche soir, il rendrait son tablier ou plutĂ´t sa blouse blanche salie par une longue semaine de labeur. Il imaginait ce lundi de repos et toutes les heures de ces journĂ©es de congĂ©. Le matin, il prendrait avec Alice qui avait enfin les mĂŞmes repos que lui, le train rapide qui le ramènerait vers sa province natale. ArrivĂ© Ă  la gare d'Austerlitz, il achèterait au kiosque le journal Sud Ouest et une revue nautique. InstallĂ© dans le premier wagon accrochĂ©</span><span>Ă  la locomotive, une BB 92 56, machine capable de soutenir les 140 km/h, d'avaler la campagne Ă  cette vitesse et de le transporter d'un monde Ă  l'autre. Il attendrait avec elle, l'heure exacte oĂą le train prendrait son Ă©lan pour ce long voyage Ă  travers la campagne et se voyait dĂ©jĂ  prenant un cafĂ© au wagon grill express qui se trouvait au milieu de la rame.Tout serait en ordre et Ă  l'heure dite, le train dĂ©marrerait. Il se sentirait rassurĂ©. Un petit goĂ»t d'aventure s'emparerait de lui quand il monterait les marches du wagon et qu’il suivrait avec Alice l'Ă©troit couloir Ă  l'odeur caractĂ©ristique du passage des nombreux voyageurs. Il chercherait alors pour eux un compartiment vide. Mais avant de savourer ce moment de libertĂ©, il lui fallait d'abord installer Micheline, la sĹ“ur de Georgette dans son lit ! « Tu viendras me coucher » lui avait-elle dit de sa voix fluette. Encore une de plus Ă  coucher avait-il pensĂ© avec sa conscience professionnelle qui s'effritait de jour en jour. Mais la pause si attendue, agrĂ©mentĂ©e par bonheur de deux jours de repos supplĂ©mentaires, arriva enfin. Paul et Alice purent descendre pour retrouver le Bassin, berceau de leur amour naissant. Paul revivait quand il arrivait dans sa rĂ©gion. Tout lui paraissait plus beau et plus familier. Cette citĂ© balnĂ©aire avait une longue histoire qu’il raconta fièrement Ă  Alice. Au temps de la prĂ©histoire des hommes s’y Ă©taient dĂ©jĂ  installĂ©s, vivant de pĂŞche, de chasse et de cueillette. Il y avait aussi des vestiges de la pĂ©riode gallo-romaine sur le site oĂą avait Ă©tĂ© construite plus tard l’église St Éloi, un des relais du pèlerinage de St Jacques de Compostelle. Au 19 ème siècle, Andernos s’était dĂ©veloppĂ© comme station balnĂ©aire avec une architecture caractĂ©ristique dont la maison Louis David Ă©tait un des plus beaux symboles. Tous les deux apprĂ©ciaient les maisons aux dimensions modestes entourĂ©es d’un coquet jardin qu’ils dĂ©couvraient le long des rues intimes oĂą ils aimaient se promener. On y sentait une douceur de vivre, un air de vacances oĂą il faisait bon sĂ©journer. Le soir, tout le monde convergeait vers la jetĂ©e la plus longue du Bassin oĂą l’on pouvait observer le coucher du soleil sur les cabanes ostrĂ©icoles qui vous invitaient Ă  dĂ©guster les fameuses huĂ®tres. Au loin, dans la direction du soleil couchant, les pins façonnĂ©s par les tempĂŞtes sur l’avancĂ©e du site naturel des Quinconces retenaient le regard. Certains soirs, le spectacle Ă©tait saisissant. Particulièrement, le soir oĂą Alice lui offrit son premier baiser Ă©mue par la beautĂ© du lieu. En avançant au bout de la jetĂ©e on pouvait observer au loin l’Île aux Oiseaux et l’ensemble du Bassin. Au retour, on pouvait se restaurer en prenant une glace ou en s’asseyant dans un restaurant ou un cafĂ© pour Ă©couter un orchestre de jazz. Mais aujourd’hui, comme le temps Ă©tait moins propice Ă  la plage que l’étĂ© de leur rencontre, ils dĂ©cidèrent de faire une balade en mer. Les parents de Paul avait un petit voilier dotĂ© d’une cabine qu’il pouvait emprunter facilement car il pratiquait la voile depuis son enfance. Ils lui recommandèrent d’être prudent car un bon vent soufflait. Il dĂ©cida de ne grĂ©er que la grande voile et ils partirent en direction de l’Île aux Oiseaux en tirant des bords, car il avait le vent debout, c’est Ă  dire face Ă  eux. Il fallait slalomer entre les piquets qui dĂ©limitaient un chenal Ă©troit. Heureusement le dĂ©riveur Ă©tait très maniable et stable grâce Ă  sa voilure rĂ©duite et ils purent enchaĂ®ner de nombreux virements de bord en toute sĂ©curitĂ©. Il fallait coordonner leurs mouvements pour que le voilier reste bien Ă  plat, et reprenne vite son cap en rĂ©glant rapidement la grande voile pour ne pas perdre du terrain avant d’arriver vers des espaces plus larges. C’était un vrai plaisir de naviguer dans ses conditions. Il sentait dans la barre la puissance du bateau qui rebondissait de vague en vague. Il fallait bien le tenir pour qu’il ne gĂ®te pas trop car ils auraient pu embarquer de l’eau. Paul Ă©tait heureux de naviguer et de montrer Ă  son amie son savoir faire nautique Ă©maillĂ© de termes techniques qu’elle avait du mal Ă  retenir et Ă  comprendre. Le bateau n’était pas sa passion mais elle Ă©tait fière de son capitaine dont le visage rayonnait de bonheur. Tous deux respiraient Ă  pleins poumons l’air pur du Bassin et des embruns venaient fouetter leur visage. Ils se serrèrent l’un contre l’autre pour trouver un peu de chaleur. Ils Ă©taient heureux d’être ensemble et d’oublier si vite les contraintes de la vie quotidienne. L’hĂ´pital Ă©tait bien loin d’eux quand ils virent qu’ils approchaient des fameuses cabanes tchanquĂ©es situĂ©es au milieu du Bassin qui, Ă  marĂ©e haute, ont les pieds dans l’eau. MalgrĂ© la beautĂ© magique du lieu, Paul s’inquiĂ©ta quand il vit une grande barre de nuages violacĂ©s arriver de l’ocĂ©an face au Cap Ferret. Il dĂ©cida qu’il Ă©tait grand temps de revenir vers Andernos malgrĂ© l’insistance de son amie qui aurait voulu profiter encore du panorama. C’est Ă  ce moment qu’Alice remarqua une plate, bateau d’ostrĂ©iculteurs qui paraissait en difficultĂ© car une femme agitait ses bras pour demander de l’aide. Elle demanda Ă  Paul de s’approcher de l’embarcation mais le vent s’était levĂ© brusquement rendant la manĹ“uvre dĂ©licate. MalgrĂ© les efforts de Paul, ils se virent drossĂ©s par le vent et par un fort courant vers des piquets qui dĂ©limitaient le parc Ă  huĂ®tres non loin de l’autre bateau. Pendant que Paul amarrait le voilier Ă  un des piquets en bois et en faisant de son mieux pour que la coque ne subisse pas trop les assauts du vent, Alice essayait de stabiliser le bateau. Elle rĂ©ussit Ă  communiquer avec l’ostrĂ©icultrice qui lui fit comprendre que son mari s’était blessĂ© et saignait beaucoup. A la grande frayeur de Paul, elle sauta Ă  l’eau ayant compris qu’il y avait une urgence. Il eut juste le temps de lui passer une longue corde qui lui permettait de relier les deux bateaux. Alice, bonne nageuse n’eut pas trop de mal Ă  les rejoindre malgrĂ© des vagues qui commençaient Ă  dĂ©ferler. Elle fut saisie par le bras costaud de la femme qui l’aida Ă  monter Ă  bord. Elle leur dit qu’elle Ă©tait infirmière et leur demanda de se calmer et de lui passer la trousse de secours pendant qu’elle se sĂ©chait avec une serviette. Elle examina la plaie au visage qui paraissait impressionnante car le sang ruisselait sur son Ĺ“il, sa joue et les vĂŞtements. Elle dĂ©tecta rapidement que c’était l’arcade sourcilière qui avait Ă©clatĂ©. Elle demanda qu’on lui passe des compresses pour rapprocher les deux berges de la plaie et les compresses en mĂŞme temps longuement pour que l’hĂ©morragie s’arrĂŞte. Alice rassura son patient et surtout sa femme qui n’arrivait pas Ă  brancher la VHS, radio des bateaux qui peuvent communiquer entre eux ou avec les secours. Elle lui dit d’attendre car si elle arrivait Ă  arrĂŞter le flux de sang, elle saurait le soigner toute seule. Mais elle s’inquiĂ©tait pour Paul et son bateau. Pendant ce temps, celui-ci essayait d’enlever la voile car le vent s'y engouffrait et poussait le bateau vers les piquets. Après bien des difficultĂ©s, il rĂ©ussit Ă  la baisser et l’embarcation devint plus stable. Avec l’aide de l’ostrĂ©icultrice qui tira la corde, ils arrivèrent Ă  le dĂ©gager des piquets pour le placer derrière la plate. Il put alors sauter Ă  l’eau pour les rejoindre. Il tremblait comme une feuille quand il monta sur le bateau et trouva Alice en train de soigner l’ostrĂ©iculteur comme si elle se trouvait dans son service. Les soins finis, ils se prĂ©sentèrent. Jeannot et Yvette, ostrĂ©iculteurs Ă  Andernos. Paul et Alice, des parisiens en vacances. Jeannot leur dit avec son franc-parler qu’il n’aurait jamais cru qu’il serait un jour sauvĂ© par des habitants de la capitale mais les fĂ©licita. Il Ă©tait grand temps de rentrer avant de se trouver Ă  marĂ©e basse. Cela ne prit guère de temps car la plate possĂ©dait un moteur puissant qui les remorqua sans problème malgrĂ© le vent très fort. ArrivĂ©s au port ostrĂ©icole d’Andernos, ils furent reçus comme des hĂ©ros par les autres ostrĂ©icultures car la VHS avait finalement annoncĂ© les nouvelles des rescapĂ©s. Dans les cabanes, ce fut la fĂŞte. On arrosa l’évĂ©nement au petit jaune sans oublier les huĂ®tres. Les verres se succĂ©dèrent car on les remplissait vite pour Ă©viter la marĂ©e basse ! A la suite de ce sauvetage, Alice et Paul devinrent vraiment enfants du pays d’autant plus qu’ils se marièrent quelques mois plus tard Ă  l’église St Éloi en bordure du Bassin. 

      François VERGNOLLE: Les charmes du Bassin
           

       LA DÉPĂŠCHE DU BASSIN MINIER N°1403 du jeudi 12 juillet au mercredi 18 juillet 3032 ___________________ Nord-Pas-de-Calais ___________ Elio, dĂ©part pour le rĂŞve Originaire de Lens, Elio est un petit garçon de neuf ans comme les autres, Ă  ceci près qu’il a dans la tĂŞte un endroit merveilleux et connu de lui seul. Il appelle son jardin secret le « Bassin d’Arcachon ». Ce lieu Ă©nigmatique semble sorti tout droit de son imagination. Et pourtant... 24 juin, 7 heures du matin. Elio, sa sĹ“ur Margot (treize ans) et leurs parents, Elsa et Marc Laborde, quittent la banlieue de Lens et prennent la route pour le Sud-Ouest. Direction l’hypothĂ©tique « Bassin d’Arcachon » qui hante Elio depuis toujours. Elsa au volant, le coffre plein de valises et de paquets, Polly le perroquet en cage sur le siège arrière, calĂ© entre les deux enfants, le trajet promet d’être long au vu des quelques 844 kilomètres Ă  parcourir. « Elio serait un enfant comme les autres si quelques particularitĂ©s ne le rendaient particulièrement attachant, explique Elsa. Ce ne sont pas ses yeux vairons ni son amour immodĂ©rĂ© pour les perroquets qui font de lui un ĂŞtre Ă  part, c’est surtout ce pays imaginaire qu’il s’est construit... Ça ne le quitte jamais. Il nous a souvent emmenĂ©s dans son histoire et nous l’avons toujours Ă©coutĂ©, c’est important. C’est nous qui l’emmenons aujourd’hui, lĂ  ou nous devons aller, tous ensemble. » Le garçon indique d’un doigt ferme un point prĂ©cis sur la carte, « C’est lĂ  que nous allons » affirme-t-il sans hĂ©siter. « On verra bien... » ajoute Marc, dubitatif. « Il existe une rĂ©gion oĂą la mer entre dans la terre et repart avec la marĂ©e, raconte Elio. Tout autour il y a du sable et des pins. Les pins sont des arbres avec des aiguilles et les fruits s’appellent les pommes de pin. Il y a aussi une grande dune de sable de plus de cent mètres de haut. Elle est si grande que de lĂ -haut on peut voir l’autre bout du bassin d’Arcachon : le Cap Ferret. » Toute une flore et une gĂ©ographie fictives sont en place, la carte mentale est confondante de rĂ©alisme. Au fond du bassin se trouve « Arès et les prĂ©s salĂ©s », des champs tantĂ´t recouverts d’eau, tantĂ´t dĂ©couverts quand la mer se retire... Une vĂ©ritable poĂ©sie Ă©mane des descriptions du petit garçon. L’imagination règne en maĂ®tre, et il en faut une bonne dose quand on sait la rĂ©alitĂ© de cette rĂ©gion sinistrĂ©e, outragĂ©e par l’urbanisation et la bĂ©tonisation sauvage. Les constructions massives ont largement dĂ©gradĂ© l’image du Sud-ouest Ă  tel point que s’y rendre autrement que par nĂ©cessitĂ© devient une vĂ©ritable curiositĂ© aux yeux des gens du Nord. « C’est pure folie que d’aller lĂ -bas » confiera un voisin des Laborde au moment de leur dĂ©part. C’est pourtant le dĂ©fi que relève aujourd’hui la petite famille sur les conseils limpides du docteur D., pĂ©dopsychiatre Ă  Lille qui suit l’enfant depuis deux mois : « Il est essentiel pour Elio d’aller se confronter Ă  son rĂŞve. Le subconscient transcende des horizons de l’essence multidimensionnelle, dissolvant ainsi les Ă©chos Ă©thĂ©rĂ©s des nĂ©vroses existentielles, dans un paradigme quantique d’introspection mĂ©taphysique. Bref, ce voyage lui montrera que tout n’est que fantasme et inversement. » Les kilomètres dĂ©filent sous le ronronnement du moteur et le temps est long pour Margot, adolescente rebelle et incrĂ©dule. Après plusieurs heures, elle sort de son marasme et s’exprime enfin : « C’est n’importe quoi ce voyage, on roule des kilomètres pour rien. » Tout est dit. Maman rĂ©torque : « Il est important d’écouter ton frère. Il exprime sĂ»rement une souffrance, nous devons le rassurer, l’accompagner jusqu’au bout de son rĂŞve. Ce voyage le fera grandir. » Ça tient la route</span><span>Mais le pragmatisme de ses proches ne dĂ©courage pas Elio dont la source crĂ©ative ne tarit pas. Son histoire tient la route malgrĂ© quelques incohĂ©rences, ainsi « la dune de sable » se nomme « Dune du Pilat » mais le village d’à cĂ´tĂ© s’écrit « Le Pyla »... Contrairement Ă  Margot, nous ne lui en tiendront pas rigueur tant son histoire nous Ă©meut. « En face de la dune il y a une Ă©glise, c’est une sorte de villa rouge et blanche. Elle est construite comme dans le dĂ©sert et elle regarde la dune du Pilat. C’est la villa algĂ©rienne. » L’exotisme s’y mĂŞle, et c’est un enchantement de l’écouter parler. Tout y est, mĂŞme les habitudes alimentaires des autochtones : « Ils mangent des « huĂ®tres ». Nouvelle Ă©trangetĂ© que ces « huĂ®tres » dont il parle avec dĂ©lice et dĂ©goĂ»t Ă  la fois. « C’est un coquillage qu’on ouvre avec un couteau spĂ©cial et qu’on avale vivant tout cru ». Tout simplement... « Les cabanes de pĂŞcheurs sont comme un petit village avec des rues en sable et les gens peuvent aller dans le bassin après le travail ou dans l’ocĂ©an parce que tout est Ă  cĂ´tĂ©. Il y a beaucoup de vĂ©gĂ©tation, des palmiers, des fleurs et dans l’eau, des hippocampes.» Des hippocampes ? « Des animaux bizarres en forme de cheval qui nagent tout droit et ce sont les mâles qui portent les bĂ©bĂ©s ». Evidemment ! On resterait des heures Ă  l’écouter. Midi, pause dĂ©jeuner sur une aire d’autoroute. On sort Polly pour l’aĂ©rer. A la vue d’un pain au chocolat, Polly lance un tonitruant « chocolatine ! » des plus dĂ©routants. Le volatile semble lui aussi inventer son propre vocabulaire... Il faut dire que les deux complices sont connectĂ©s : plus qu’un « doudou », l’oiseau est un vĂ©ritable confident pour Elio. Marc taquine son fils : « Au lieu de parler Ă  ton perroquet, raconte-nous plutĂ´t l’histoire de ces maisons sur pilotis si j’ai bien compris, qui trĂ´nent au milieu d’une Ă®le dĂ©serte... Les cabanes « planchĂ©es » c’est ça ? » Son interlocuteur lève les yeux au ciel et, s’adressant Ă  Polly : « Il ne comprend rien, ça fait mille fois que je lui dis. Les cabanes TchanquĂ©es ! Deux maisons sur des bâtons qui sont sur l’île aux Oiseaux. A marĂ©e haute, la mer passe en dessous des maisons. Je t’y amènerai demain mon Polly, promis. »</span><span>Elsa et Marc ont beau chercher, rien ne peut expliquer ces descriptions souvent très dĂ©taillĂ©es. Peut-ĂŞtre avaient-ils croisĂ© un jour des maisons sur pilotis pendant leurs vacances ? Ou bien a- t-il vu ces architectures dans un livre ? Sur le Net ? Quand bien mĂŞme trouverait-on une origine rationnelle Ă  ses visions, cela n’explique pas comment et pourquoi il a retenu tout ces dĂ©tails au point d’en rĂ©aliser des dessins très prĂ©cis. « Pour atteindre la rĂ©alisation de soi, Elio doit transcender les niveaux subconscients de l’être en Ă©veillant les chakras supĂ©rieurs tout en intĂ©grant un archĂ©type psychique transpersonnel » prĂ©cise le docteur D. 15 heures. C’est la bonne direction mais « toujours pas de panneau Arcachon », ironise Marc qui a dĂ©sormais pris le volant. Elsa lui lance un gentil coup de coude tandis qu’Elio s’endort, bercĂ© par le mouvement lĂ©ger du vĂ©hicule. Du rĂŞve Ă  la dĂ©sillusion 18 heures, l’autoroute a bien roulĂ©, nous arrivons Ă  destination, un lieu prĂ©cis appelĂ© « l’Herbe » et qualifiĂ© par Elio de « merveilleux ». Mais le rĂ©veil de l’enfant est brutal. Pas plus d’Herbe que de « pins ». OĂą sont « la Dune du Pilat » et les plages de sable blanc ? Il Ă©tait question d’un point de vue panoramique oĂą l’on devait observer des cabanes de pĂŞcheurs au bord d’une eau paisible ponctuĂ©e de « pinasses » (les bateaux du coin) et, dans le lointain, la majestueuse Dune du Pilat. Le promontoire existe bel et bien mais sous un autre nom et il fait triste mine. Rien de miraculeux ne s’offre Ă  la vue du petit rĂŞveur. Polly, lui qui partage tout, reste dans la voiture. A quoi bon lui montrer le dĂ©senchantement? Tout n’est qu’immeubles Ă  perte de vue, rouleaux de bitume charriant des files de vĂ©hicules ininterrompues. Ici, des centres commerciaux Ă©crasants, Ă©talĂ©s comme de larges verrues ; lĂ  des parkings inondĂ©s de fumĂ©es et des tours sans fin, symboles d’une architecture galopante et non maitrisĂ©e. Les remparts Barthorette, du nom de leur concepteur, s’érigent lourdement contre les assauts d’une mer dĂ©chaĂ®nĂ©e toujours encline Ă  monter davantage chaque annĂ©e en puissance. Le niveau des eaux a imposĂ© des digues si hautes qu’au beau milieu de l’après- midi, l’ombre se rĂ©pand dĂ©jĂ  sur un monde de tĂ©nèbres en perpĂ©tuelle activitĂ©. Ces murailles censĂ©es protĂ©ger des eaux isolent dĂ©finitivement l’humanitĂ© d’une nature jadis si belle. Elio se souvient-il de ces temps antĂ©diluviens oĂą de probables civilisations prospĂ©raient dans l’harmonie et la lumière ? Arcachon a perdu sa consistance et se dilue irrĂ©mĂ©diablement sous les yeux en larmes d’Elio. Il ne dit plus rien, seul son regard parle pour lui, un Ĺ“il clair qui espère, un Ĺ“il sombre en deuil. « GĂ©nial ! » commente Margot avec ironie. « Il n’y a rien Ă  faire ici, c’est nul.» Elsa et Marc ont du mal Ă  la contredire. Elio, dans les bras de sa maman, restera muet jusqu’à l’hĂ´tel oĂą les Laborde resteront une nuit « pas plus » pour se reposer et se remettre de leurs Ă©motions. Le retour Ă  Lens tire un trait sur les rĂŞves envolĂ©s et les illusions perdues. La fin du voyage signe la fin de la naĂŻvetĂ© et de l’innocence. 30 juin. Elio n’ose plus parler d’Arcachon. Il y croit toujours pourtant, sa maman recueille encore, le soir, ses courageuses confidences. Imagination fertile ? RĂ©miniscences d’une autre vie ? RĂ©incarnation ? La rĂ©ponse viendra dans l’après-midi lors d’un vide-grenier. Les faits sont tĂŞtus Parcourant une brocante de quartier avec Elio, Marc est attirĂ© par un objet en verre au milieu d’un Ă©tal en bazar. C’est une petite boĂ®te de forme rectangulaire contenant du sable et, sur le couvercle, un paysage marin peint Ă  la main, bordĂ© d’une grande dune de sable. Dans le ciel, Ă©crit en lettres jaunes : « Bassin d’Arcachon ». Sur le visage de son père, Elio lit la stupĂ©faction. Il comprend qu’un Ă©vĂ©nement incroyable vient de se produire. La probabilitĂ© pour tomber sur une boĂ®te marquĂ©e d’un mot inventĂ© de toutes pièces par son enfant est faible. CoĂŻncidence ? Malice du fiston qui aurait discrètement placĂ© une boĂ®te de sa confection sur le prĂ©sentoir ? Le brocanteur affirme ne pas connaĂ®tre la provenance de ce vieil objet qu’il cède Ă  Marc pour trois fois rien. Pour Margot, « c’est du mytho » tandis qu’Elsa se lance dans des recherches qui resteront infructueuses. Notre rencontre avec Elio s’achève sans rĂ©ponse et le mystère reste entier, mais une chose est sĂ»re : le petit explorateur d’un autre monde a trouvĂ© son bonheur car lui seul sait qu’il a raison. C’est la boĂ®te qui le dit. (Propos recueillis par Laurent Delacouette.) 

      David POHIC: Elio, dĂ©part pour le rĂŞve
           

       Il faut lui reconnaĂ®tre cette qualitĂ©, Jeanne Ă©tait une femme très courageuse, mais surtout c'Ă©tait une virtuose, elle jouait admirablement du piano. Son rĂŞve d'ĂŞtre pianiste internationale fut tuĂ© dans l'Ĺ“uf par ses parents, qui y mirent un vĂ©to immĂ©diat. Il n'y avait pas d'explications, c'Ă©tait comme ça. Une jeune fille « de bonne famille », pianiste, ça ne se faisait pas. Alors Jeanne continua Ă  travailler son piano par plaisir. Elle se maria et eut deux filles et un garçon. Puis la grande Histoire s'est mĂŞlĂ©e salement Ă  son histoire. C'Ă©tait celle d'un moustachu, déçu dit-on d'avoir Ă©chouĂ© Ă  l'examen d'entrĂ©e de l'AcadĂ©mie des beaux-Arts, qui dĂ©cida de transposer ses dĂ©sillusions crĂ©atrices dans un autre domaine : la destruction du peuple juif et autres « sous- hommes, tels que les Tziganes, les malades mentaux... Sans doute un magnifique exemple de sublimation pour les psychanalystes. Suzanne avait six mois, Élisabeth quatre ans et Paul onze ans. Lorsque sa maman lui cousit une Ă©toile jaune sur son blaser, Paul prit alors conscience Ă  ce moment-lĂ  de sa judĂ©itĂ©. La famille fut plongĂ©e dans un vĂ©ritable cauchemar au quotidien. Pendant toute cette pĂ©riode d'angoisse, de peur et d'incertitude, du matin au soir et Ă©galement pendant ses nuits, Jeanne se demandait comment elle allait nourrir ses enfants. C'est avec cette question torturante qu'elle dut partir un matin, seule avec ses trois enfants, au volant d'une voiture qui lui avait Ă©tĂ© prĂŞtĂ©e par des amis, pour retrouver des cousins dans la France libre, Ă  Villeneuve-lès Avignon. Son mari Jules, devait rĂ©gler des affaires pour son travail, mais lui promit de la rejoindre très rapidement. Elle avait dans le coffre une petite rĂ©serve de pain, de jambon et d'eau. Son angoisse Ă©tait accentuĂ©e par le fait qu'elle n'avait pas l'habitude de conduire sur de longues distances. Avec ce temps magnifique, les enfants Ă©taient insouciants, ils avaient l'impression de partir en grandes vacances. Elle arriva finalement Ă  bon port sans trop d'encombres et fut accueillie chaleureusement par une de ses cousines. Jules put finalement prendre la route peu de temps après. Quand il arriva sur la place du village de Villeneuve-lès Avignon, il apprit en Ă©coutant deux dames discuter, que neuf personnes avaient Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©es, dont cinq femmes. Son cĹ“ur se mit Ă  battre. Il ne posa de questions Ă  personne, il Ă©tait extrĂŞmement mĂ©fiant. Il savait que partout, il y avait des gens zĂ©lĂ©s qui surveillaient leur environnement et rapportaient tout Ă©vĂ©nement suspect Ă  la police. Il partit vite rejoindre sa famille. Tout le monde Ă©tait sain et sauf et heureux de se retrouver. Jules ne le sut qu'après, mais s'ils eurent la vie sauve et Ă©chappèrent Ă  la dĂ©portation, c'est bien sĂ»r parce qu'ils n'avaient pas croisĂ© la mauvaise personne au mauvais moment, mais c'est aussi parce qu'il avait eu la bonne idĂ©e de ne pas s'identifier, en inscrivant leur nom dans le registre du village, comme l'exigeait la procĂ©dure lĂ©gale. Quelque temps après, Jules partit en Espagne pour rejoindre le GĂ©nĂ©ral De Gaulle qui Ă©tait Ă  Londres, il fut dĂ©noncĂ© par un passeur et fut dĂ©portĂ© Ă  Auschwitz. Ce fut un drame pour la famille. Paul perdit sa voix. Après de nombreux examens, les mĂ©decins conclurent Ă  une aphonie d'ordre psychologique. Jeanne, dĂ©passĂ©e par toutes ces Ă©motions, tomba dans une sorte d'Ă©tat dĂ©pressif. Elle dormait beaucoup, avait du mal Ă  se lever le matin. Elle qui Ă©tait toujours raffinĂ©e, portait des tenues nĂ©gligĂ©es. Ceux qui ont survĂ©cu Ă  cette saletĂ© de guerre n'en sont pas sortis indemnes. MĂŞme s'ils ne le montraient pas, ils Ă©taient traumatisĂ©s par ce qu'ils avaient vĂ©cu, parce qu'ils avaient perdu des ĂŞtres chers, pour certains des pans entiers de leur famille, ou tout simplement parce qu'ils portaient la culpabilitĂ© d'ĂŞtre vivants. Jeanne finit par sortir de sa torpeur. Elle n'avait pas le choix, elle devait s'occuper de ses enfants. Elle fit les dĂ©marches nĂ©cessaires pour changer de nom de famille. C’était un crève-cĹ“ur pour elle, mais elle pensait avant tout Ă  l'avenir de ses enfants. Ensuite, pour subvenir Ă  leurs besoins, elle dĂ©cida de donner des cours de piano. Aussi Ă©trange que ça puisse paraĂ®tre, elle se convertit au catholicisme. Quelles Ă©taient ses motivations profondes ? Un coup de folie après les atrocitĂ©s qu'elle avait vĂ©cues ? Cherchait-elle Ă  fuir le passĂ© ? Voulait-elle se donner une apparence pour protĂ©ger sa famille ? Ou en dĂ©couvrant cette religion, y avait-elle trouvĂ© vĂ©ritablement quelque chose qui lui correspondait ? Non seulement elle se mit Ă  aller Ă  la messe tous les dimanches, mais elle exigeait que tous ses enfants viennent. Elle les mit au catĂ©chisme. Les annĂ©es passant, Paul ne savait pas trop comment il allait orienter son avenir. Sa mère lui avait trouvĂ© un professeur de violoncelle. La musique devint son grand bonheur. Il travaillait beaucoup et faisait rĂ©gulièrement des duos avec sa mère. C'Ă©tait un peu la façon qu'ils avaient trouvĂ©e tous les deux pour communiquer. Il avait un tempĂ©rament doux, rĂŞveur. Il Ă©tait profondĂ©ment gentil. Il avait Ă  cĹ“ur de rendre service, de se faire aimer en faisant plaisir. Lentement, mais sĂ»rement, Jeanne lui mit dans la tĂŞte qu'il pourrait devenir prĂŞtre. Paul n'Ă©tait pas du tout convaincu par tous les arguments que sa mère lui prĂ©sentait. Il aurait prĂ©fĂ©rĂ© rentrer dans un orchestre. Jeanne lui signifia que c'Ă©tait extrĂŞmement difficile de gagner sa vie, qu'il y avait très peu d'Ă©lus et qu'il ne s'agissait aucunement d'un renoncement Ă  la musique. Elle aussi avait dĂ» renoncer Ă  une grande carrière musicale, mais la musique l'accompagnait cependant tous les jours. C'est encore une fois, par manque d'affirmation et pour faire plaisir Ă  sa mère que Paul dĂ©marra une formation philosophique et biblique fondamentale pendant deux ans. Puis il fit un master de recherche en thĂ©ologie pendant trois ans et termina par une annĂ©e qui l'amena au niveau doctorat en thĂ©ologie. Il fut ensuite ordonnĂ© prĂŞtre. Il se lia d'amitiĂ© avec un prĂŞtre qui travaillait dans les prisons. Paul se dit que cela donnerait du sens Ă  sa vie de devenir aumĂ´nier. Il suivit une nouvelle formation et se mit Ă  aller Ă  la rencontre des dĂ©tenus, en se promenant dans les couloirs de la prison. Il apprĂ©ciait beaucoup ces moments d'Ă©change avec eux. Il Ă©crivait sur un carnet pour s'exprimer et il se servait Ă©galement de la musique. Il se dĂ©plaçait toujours avec son mini-lecteur de CD. Il se mit dans l'idĂ©e qu'il pourrait peut-ĂŞtre contribuer Ă  les mettre sur la voie de la reconstruction. C'est dans cet univers carcĂ©ral qu'il fit la connaissance d'Elisa, une jeune femme de vingt-six ans. Elle Ă©tait complètement recroquevillĂ©e dans sa cellule lorsqu'il la dĂ©couvrit la première fois. Elle ne prit pas la peine de le regarder. Il revint le lendemain pour la saluer Ă  nouveau. Toujours pas un mot en retour. Cela dura une semaine. La semaine suivante, il insĂ©ra dans son lecteur de CD, la suite n° 1 pour violoncelle de Jean SĂ©bastien Bach. Surprise, Élisa se redressa et prit conscience de sa prĂ©sence. Au fur et Ă  mesure, elle se dĂ©tendit. Il aperçut son visage avec ses yeux tristes. Ă€ la fin du morceau, le silence se fit Ă  nouveau. Puis, au lieu de lui poser des questions, Paul lui Ă©crivit sur son petit carnet, qu'il jouait du violoncelle, que la musique avait une très grande importance dans sa vie. Elle le regarda enfin dans les yeux. Il lui Ă©crivit sur son carnet : vous pouvez garder l'appareil, je vous apporterai d'autres musiques. Il entendit enfin le son de sa voix : «merci». Les fois suivantes, Elisa commença Ă  lui poser des questions. Puis elle lui raconta qu'elle Ă©tait lĂ  car elle avait aidĂ© un copain algĂ©rien sans papiers Ă  venir en France. Elle l'avait rencontrĂ© lors d'un sĂ©jour en Italie. Elle l'avait mĂŞme hĂ©bergĂ© quelque temps. Paul vint rĂ©gulièrement la voir. Il s'aperçut qu'il commençait Ă  s'attacher Ă  elle et Ă  nĂ©gliger les autres dĂ©tenus. Il pensait Ă  elle Ă©galement quand il Ă©tait Ă  l'extĂ©rieur de la prison. Cela le troubla. Ils se mirent Ă  Ă©changer beaucoup, Ă  rire ensemble. Elle lui dit qu'elle avait hâte de sortir, de reprendre sa vie d'avant. Elle adorait les animaux et Ă©tait Ă©ducatrice canine. Elle formait notamment des chiens pour qu'ils deviennent guides d'aveugles. Au bout de quelques mois, Elisa annonça Ă  Paul que le grand jour Ă©tait arrivĂ©, elle allait enfin pouvoir retourner chez elle. Elle lui prit les mains, le regarda dans les yeux et lui demanda s'il viendrait la voir chez elle Ă  Biganos en Gironde. Paul fut très troublĂ© par ce contact physique. Il lui confirma que bien sĂ»r, il viendrait la voir. Elle lui donna son adresse. Paul traversa une pĂ©riode de confusion, il dormait mal la nuit, il pensait Ă  Elisa. Il se demandait si c'Ă©tait une bonne idĂ©e d'aller la voir.<br>Mais le cĹ“ur prit le dessus sur la raison. Quand il arriva chez elle, en fin d'après-midi, il la vit en train de travailler dans son jardin avec un Golden Retriever. Elle Ă©tait douce, patiente. Pour la première il la vit avec ses longs cheveux châtains dĂ©tachĂ©s. Il fut Ă  nouveau troublĂ© par sa beautĂ©. Elle l'aperçut et lui fit signe d'entrer. Elle Ă©tait surprise mais ravie de sa visite. Elle lui prĂ©senta ses petits pensionnaires : un Labrador marron et le Retriever blond.<br>Puis elle lui proposa un verre de rosĂ©. Ils s'installèrent dans le jardin. L'alcool aidant,<br>Ils prirent du plaisir Ă  Ă©changer et Ă  rire ensemble. Puis elle lui prit Ă  nouveau les mains, le remercia d'ĂŞtre venu et l'embrassa. Étrangement, Paul n'avait pas envie de rĂ©sister. Il ne s'en alla qu'au petit matin. Si la nuit fut douce et enchanteresse, le rĂ©veil chez lui après quelques heures de sommeil, fut cruel. Il avait très mal Ă  la tĂŞte, il Ă©tait confus, il culpabilisait de sa conduite, il se sentait faible et minable. Il essaya de mettre de l'ordre dans ses idĂ©es. Puis il retourna voir Eliza. Il lui expliqua les sentiments contradictoires qui l'envahissaient. Elle lui dit qu'elle ne comprenait pas pourquoi la religion imposait cette chastetĂ© aux prĂŞtres. Comment pouvaient-ils avoir une vie Ă©quilibrĂ©e ? Il lui expliqua qu'en plus, autrefois, on incitait les prĂŞtres Ă  ne pas se marier, mais ils avaient le droit de vivre en concubinage. Ce n'a Ă©tĂ© qu'au XIIè me siècle, que l'interdiction avait Ă©tĂ© formulĂ©e. Ă€ chaque fois que Paul revoyait Eliza, il retombait sous son charme. Mais quand il se retrouvait seul, il se flagellait moralement. Il dit Ă  Elisa qu'il avait besoin de prendre un temps pour faire une introspection, pour savoir ce qu'il voulait vraiment au fond de lui. Elle accepta tristement cette sĂ©paration, mais elle ne voulait pas dĂ©marrer une histoire avec quelqu'un qui vivrait dans un tourment permanent. Il vĂ©cut très confusĂ©ment pendant cette semaine de retraite, il Ă©tait très agitĂ©. Il se dit qu'il avait toujours agi dans sa vie pour faire plaisir aux autres ou pour ne pas froisser. Il prit conscience que son engagement dans la voie de la prĂŞtrise Ă©tait le choix de sa mère, mais pas le sien. Il eut l'impression de surcroĂ®t d'avoir trahi son histoire familiale. Pour la première fois, il eut envie de s'Ă©couter et de faire un choix par lui-mĂŞme, quelles qu'en soient les consĂ©quences. C'est avec une grande sĂ©rĂ©nitĂ© qu'il alla retrouver Elisa. Pour la première fois de sa vie, il avait le sentiment de prendre son destin en main. Lorsqu'il l'aperçut dans son jardin, il courut vers elle pour l'enlacer. La parole Ă©tait superflue, ils Ă©taient heureux. Elle lui dit qu'elle avait beaucoup rĂ©flĂ©chi Ă©galement pendant son absence, mais de manière positive, car au fond d'elle, elle savait qu'il reviendrait. Elle lui proposa s'il Ă©tait d'accord, de lui prĂ©senter son ami Alexandre qui Ă©tait ostrĂ©iculteur et qui cherchait quelqu'un pour remplacer le dĂ©part d'un de ses collègues. Paul fut Ă©tonnĂ©, mais touchĂ©e qu'elle ait commencĂ© Ă  penser Ă  un avenir commun. Il lui fit part de ses doutes sur un tel recrutement, car il ne connaissait de l'huĂ®tre que le plaisir qu'elles lui apportaient quand il en mangeait. Elle le rassura, en lui disant qu'Alexandre Ă©tait un ami de longue date et que ce qui Ă©tait important pour lui, c'Ă©tait de travailler avec quelqu'un sur qui il pouvait compter, pour le reste, il apprendrait sur le terrain. MĂŞme s'il savait que ce mĂ©tier Ă©tait dur, l'idĂ©e de travailler dans le silence et la nature lui plaisait Ă©normĂ©ment. La collaboration avec Alexandre fut facile. Ce dernier n'Ă©tait pas un bavard, mais il adorait son mĂ©tier et aimait transmettre son savoir. Une amitiĂ© a vite commencĂ© Ă  s'installer entre eux. Paul avait l'impression de renaĂ®tre. Il admirait les couleurs changeantes du bassin, la vĂ©gĂ©tation dunaire et tous ses oiseaux qui venaient se nicher sur les bancs de sable, les sternes Ă  tĂŞte noire, les milans noirs, les bernaches... Mais il Ă©tait particulièrement fascinĂ© par les goĂ©lands argentĂ©s, qui pouvaient faire plus d'un mètre d'envergure. Lorsqu'ils suivaient le bateau, il avait l'impression que les goĂ©lands l'interpellaient. Avec le temps, Paul rĂ©ussit Ă  distinguer une dizaine de cris. Il discernait les jappements, les cris plaintifs, les clameurs Ă©clatantes, les cris d'appel pour alerter les congĂ©nères d'un danger, les cris de la parade amoureuse, les cris pour encourager leurs petits Ă  l'envol... Il se mit Ă  claquer la langue et Ă  siffler pour attirer leur attention. Jamais, il ne s'Ă©tait senti aussi vivant. Il avait l'impression que les goĂ©lands le provoquaient pour parler avec lui. Un jour, la magie opĂ©ra.Il se mit Ă  pousser des cris pour rĂ©pondre Ă  ces appels. Ivre de joie, il se dit qu'il n'Ă©tait plus celui d'avant, il avait dĂ©sormais le pouvoir de parler aux oiseaux. Sur le coup, il fut tellement surpris lui-mĂŞme, qu'il n'en parla Ă  personne, c'Ă©tait un secret entre lui et les oiseaux. Il Ă©tait vraiment devenu lui-mĂŞme. Le Lendemain, il alla retrouver les oiseaux pour vĂ©rifier qu'il pouvait toujours Ă©changer avec eux. Cela fonctionna parfaitement. Ce n'est qu'au bout d'une semaine, qu’il offrit Ă  Elisa le cadeau de l'emmener en bateau voir les goĂ©lands, pour qu'elle dĂ©couvre qui il Ă©tait devenu. Conscient que cet immense bonheur qui lui tombait dessus, il le devait Ă  Elisa, ses premiers mots pour elle furent : « merci mon amour ». 

      Nathalie SAGLIER: MERCI
        
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